Dépistage du cancer de la prostate

Sommaire

Contrairement à un certain nombre de cancers dépistés de façon systématique dans le cadre d'un programme national, le dépistage du cancer de la prostate n'est pas automatiquement organisé. Pourtant, de nombreuses campagnes de prévention du cancer de la prostate ont été mises en place pour sensibiliser les hommes de plus de 50 ans.

Principe du dépistage du cancer de la prostate

Le dépistage d'un cancer est utile dans la mesure où il permet de détecter très rapidement un cancer, avant même l'apparition des symptômes. Or, plus un cancer prostatique est pris en charge tôt, plus les résultats thérapeutiques et le pronostic final sont bons.

Deux examens de dépistage

Dans le cadre du dépistage du cancer de la prostate, il s'agit essentiellement de pratiquer deux examens médicaux :

  • un toucher rectal, qui permet à lui seul de détecter 10 % des cancers de la prostate ;
  • une prise de sang visant à doser le taux de PSA (antigène prostatique spécifique).

Si ces examens ne révèlent aucune anomalie, il y a de grandes chances pour qu'aucun cancer de la prostate ne soit présent. À l'inverse, si ces examens sont anormaux, il faudra procéder à une biopsie pour confirmer le diagnostic. La biopsie est un examen réalisé sous anesthésie locale qui consiste à introduire dans la prostate, en passant à travers la paroi du rectum, une aiguille qui va permettre de faire 12 prélèvements de cellules afin de les étudier au microscope. Ces prélèvements sont effectués à l'aveugle, c'est-à-dire qu'ils sont réalisés au hasard. 

Aujourd'hui (depuis 2019), pour améliorer le dépistage, dès que le taux de PSA est au-dessus de la norme, une IRM est d’emblée indiquée avant d’envisager une biopsie. Elle permet non seulement d'objective la tumeur mas aussi de mieux cibler la biopsie qui est réalisée aussitôt après (la biopsie reste indispensable car l'IRM n'a pas une fiabilité de 100 % et seul l’examen anatomopathologique permet d’affirmer le diagnostic de cancer et de préciser la différenciation tumorale et la taille de la tumeur).

Le risque de complications infectieuses liées à la biopsie est important et c'est pourquoi on recommande d'administrer par voie orale des fluoroquinolones (antibiotiques) préventivement, une à deux heures avant la biopsie. En prenant cette précaution, le taux d'infections urinaires post-biopsie n'est plus que de 9 %, contre 25 % sans antibioprophylaxie.

Dépistage du cancer de la prostate : faux positifs et faux négatifs

Attention, il existe des faux négatifs, c'est-à-dire des examens qui ne révèlent rien d'anormal alors qu'un cancer est bel et bien présent (ce que le recours à l'IRM limite). De plus, le dosage du PSA est faillible car le taux fluctue (plus ou moins 20 % d’un jour à l’autre), dépend de la taille de la prostate et ne constitue pas un marqueur spécifique du cancer.

Ainsi, 15 % des hommes de la tranche d'âge concernée par le dépistage ont une valeur de PSA supérieure à la valeur normale. Des cancers de la prostate sont ainsi détectés alors que des soins ne se révélaient pas nécessaires et qu'ils entraînent de nombreux effets secondaires. Ces faux positifs sont encore au nombre de 12,5 % même après 3 ou 4 dosages de PSA successifs.

De récentes recommandations proposent donc d'informer les hommes dont le taux de PSA total se situe dans la zone grise de 2-4 à 10 ng/mL afin de leur expliquer qu'il existe des bénéfices à la détection précoce, mais aussi des risques de surdiagnostic et dans une moindre mesure de sous-diagnostic.

Il est quoi qu'il en soit recommandé d'effectuer le dosage du PSA systématiquement dans le même laboratoire et avec la même technique afin de faciliter l'interprétation des variations des résultats successifs.

Lire l'article Ooreka

Exploration de la prostate par élastographie

La technique d'exploration de la prostate par élastographie va plus loin que la simple échographie traditionnelle qui est de sensibilité médiocre pour diagnostiquer les nodules prostatiques et les cancers (c'est pourtant sur elle qu'on se base pour réaliser des biopsies).

L'élastographie, elle, analyse l'élasticité de l'ensemble de la prostate à la recherche de nodules habituellement invisibles à l'échographie.

En cas de détection de nodules, l'élastographie permet de déterminer de façon objective si leur dureté est augmentée et donc s'ils sont bénins ou malins. En effet, les zones cancéreuses sont jusqu'à trois fois plus dures que les zones saines adjacentes.

Cet examen est donc très intéressant puisqu'il permet de réaliser des biopsies ciblées. Leur « rendement » est ainsi beaucoup plus rentable alors qu'il est habituellement médiocre lorsqu'elles sont faites de façon systématique.

Débat autour du dépistage du cancer de la prostate

Il est évidemment important de surveiller de près toute apparition de symptômes rappelant un cancer de la prostate, à plus forte raison chez les personnes à risques. Toutefois, ce dépistage, loin d'être systématisé, à l'image du cancer du sein chez la femme, fait débat.

Un dépistage qui n'est pas systématique

Le dépistage systématique du cancer de la prostate est uniquement mis en place pour les hommes qui présentent les principaux facteurs de risque et qui ont plus de 50 ans (en dessous de cet âge, le taux de détection de ce cancer est de moins de 0,5 %). Néanmoins, même les hommes qui ne présentent pas de risque particulier peuvent demander à bénéficier de ce dépistage. Celui-ci ne leur sera simplement pas spontanément proposé.

Bien que la Haute Autorité de santé (HAS) indique qu'un dépistage systématique ne présente que peu d'intérêt, l'Association française d'urologie recommande le dépistage du cancer de la prostate tous les ans pour les hommes âgés de 50 à 75 ans et dès 45 ans en cas :

  • d'antécédents familiaux (au moins trois personnes du 1er ou 2e degré de parenté concernées) ;
  • de risque ethnique (origine afro-caribéenne) ;
  • d'exposition à la chlordécone ;
  • de mutation des gènes BRCA2 ou HOXB13.
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Cancer de la prostate : un dépistage contesté

Le dépistage du cancer de la prostate est au cœur d'un débat qui peut désorienter les patients. En effet, en 1999, le rapport de l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé (Anaes) indiquait que « si 30 à 40 % des hommes de plus de 50 ans peuvent en effet être porteurs d'un cancer de la prostate, 8 % seulement sont susceptibles de devenir cliniquement significatifs et moins de 5 % ont une probabilité d'en décéder ».

La question se pose donc de savoir si ce dépistage est judicieux alors qu'on sait que des traitements comme la prostatectomie sont à l'origine de nombreux effets secondaires. La conclusion de l'Anaes était de ne pas pratiquer de dépistage de masse, celui-ci ne devant concerner que les patients dont l'espérance de vie était supérieure à 10 ans.

Les spécialistes estiment eux-même qu'une surveillance active peut être exercée pour 30 à 40 % des hommes à qui l’on découvre un cancer sur un PSA modifié.

En définitive, il revient aux hommes âgés de 55 à 69 ans de prendre une décision individuelle au sujet du dépistage du cancer de la prostate avec leur clinicien, sachant que les préconisations sont les suivantes :

  • Population à faible risque (PSA total initial <1 ng/mL) : dosage tous les 5 ans et arrêt après 60 ans si le PSAT reste sous les 1 ng/mL.
  • Population à risque intermédiaire (PSA total compris entre 1 et 1,6 ng/mL) : dosage tous les 2 à 5 ans de 45 à 75 ans.
  • Population à haut risque : tous les ans jusqu’à 75 ans si on retrouve ces taux :
    • de 45-49 ans : PSAT initial >1,6 ng/mL,
    • de 50-55 ans : PSAT initial >1,9 ng/mL,
    • de 56-60 ans : PSAT initial >2 ng/mL.

Nouveau test de dépistage : ISET

L'ISET est une technique de dépistage permettant de repérer un cancer à partir d’une simple prise de sang, en triant puis repérant d'éventuelles cellules tumorales grâce à leur taille (plus importante que les cellules saines).

Elle permet également de s’assurer qu’il n’y a pas de récidive chez des patients en phase de rémission. De plus, grâce à elle, on peut mieux adapter les traitements en fonction de chaque patient en l’orientant vers des traitements plus efficaces s’il n’y a pas d’évolution (ce que permet aussi l'IRM).

Ces pros peuvent vous aider